Rafael Amador est un musicien qui expérimente, prend des risques, s'amuse autant qu'il se livre à travers son art. Auteur, compositeur, chanteur et guitariste, il a hérité de tout le savoir de ses prédécesseurs et est aussi capable de sentir le frisson d'une Solea chantée avec le coeur.
Le plus universel du nouveau flamenco est probablement le disque "Blues de la Frontera" de son ex groupe "Pata Negra" qu'il formait avec son frère Raimundo. Fils d'une dynastie de guitaristes et artistes variés, ils ont grandi aux "Tres Mil". Depuis leur enfance où ils jouaient dans la rue et passaient l'assiette aux touristes à Séville, ils ont écouté Jimmy Hendrix et cette guitare là les "démange" aussi. Ils ont baigné dans la génération du rock, pas seulement du rock anglo saxon, mais du rock espagnol qui, dès les années soixante, avait utilisé le flamenco de manière presque anecdotique. Et dès l'adolescence Rafael et Raimundo jouaient aussi bien de la guitare électrique américaine Fender Stratocaster que de la guitare sèche des Hermanos Conde ou la Gerundina... De cette manière, ils échappaient à l'orthodoxie et connectaient les nouvelles générations gitanes et payas, flamencas ou rockeuses. Imprévisibles, irréguliers et chaotiques mais avec une force irrévérencieuse et un génie en forme de duende, ils ont réussi l'union la plus profonde jusqu'à aujourd'hui entre le blues et le flamenco et "Pata Negra" est entré à jamais dans l'histoire.

Mais, victimes de leur propre marginalisation et du terrible destin des gitans déracinés et entassés dans des cités de béton aux périphéries des grandes villes, ils se sont séparés pour des histoires de drogue et font carrière aujourd'hui chacun de leur côté.

Rafael, qui traîne derrière lui une légende noire, proclame "Todo lo que me gusta es ilegal, es imoral o engorda" (tout ce que j'aime est illégal, immoral ou fait grossir).

Toujours impeccablement habillé avec ses chemises Moschino, ses gilets en velours et ses cravates en soie, il a toujours été, aux dires de sa mère, le plus flamenco de ses fils. Rafael est très attaché à son quartier "Même si je devenais milliardaire, je garderais toujours un coin ici. Nous les habitants des "Tres Mil" on est comme les poissons: on a besoin de sortir la tête hors de l'eau mais très vite on replonge…"

Rafael a enregistré deux disques en solitaire "Inspiración y Locura" et "Como una vara verde".